Mémoire olfactive

Main sur un livre de recettes

Parfois, sans y penser, je porte la main à mon visage et la force du souvenir me surprend comme une gifle. Cette odeur sur ma peau, c’est la tienne. Ça sent exactement comme tes mains.

Tu n’étais pas le genre de mère qui recherchait les câlins ou les rapprochements physiques. Mais parfois, quand tes mains ne s’affairaient pas à quelque tâche domestique – ce qui était rare – j’en profitais pour en saisir une et je la respirais profondément. Ça sentait l’oignon, la pâte à tarte, le citron. Ce que tu avais touché dans la journée. Peu importe. J’étais persuadée que si on me bandait les yeux et me faisait sentir des dizaines de mains, je saurais trouver la tienne.

Le contact ne durait jamais longtemps. Tu avais toujours besoin de tes mains pour faire quelque chose.

Dix-huit Noëls sans toi. C’est long.

On dit que l’odorat est celui de nos sens qui a la meilleure mémoire. Les yeux fermés, saurais-je encore retrouver tes mains?

(Billet rédigé suite à celui de Clément dans la série Dix minutes pas une de plus.)

  1. MJ left a comment on December 30, 2014 at 1:05 pm

    Quel beau texte, Martine. Qui a fait remonter l’odeur de l’eau de toilette de mon père. J’ai, dans mes tiroirs, un chandail qui lui appartenait. Pour moi, il sent encore papa. 20 ans après. Merci pour ce souvenir.

  2. Martine left a comment on December 30, 2014 at 8:35 pm

    Merci pour tes bons mots, MJ!

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