Oublier comment écrire

That’s the thing about writing.  Every time I think I’ve figured out how to write, I discover that actually, I’ve just figured out how to write the thing I just wrote, and I have no clue how to write the next scene, the next story, or the next book.

Maureen McHugh

J’ai trouvé cette citation – qui m’a frappée par sa justesse – dans l’infolettre de Austin Kleon cette semaine. Il citait son amie, une femme dont le nom m’était très familier. Un clic… Ah voilà! Il s’agit bien de l’autrice avec qui j’ai eu la chance d’échanger il y a quelques années lors d’une longue balade à Venice Beach, alors qu’une amie commune nous avait présentées l’une à l’autre. « Je sais que vous allez bien vous entendre. » Ce fut le cas et même si nous ne nous sommes pas revues après cette première rencontre, je suis ravie de ce hasard qui me permet de la croiser de nouveau aujourd’hui. J’apprends du même coup qu’elle publie une infolettre, comme tous les cool kids de ce monde. Et un abonnement de plus!

À chaque fois que je démarre un projet d’écriture, ou même quand j’ai laissé un texte en plan pendant quelques jours, je m’étonne de voir comment l’acte d’écrire me paraît étranger, peu naturel, au-delà de mes capacités. Petit moment de panique : je ne sais plus comment on fait! Et c’est bien pire quand il s’agit de projets personnels. Après des années à écrire sur commande, j’ai peur d’avoir complètement oublié comment le faire pour moi-même.

Une voix sans voix off

Sur son blogue, Beth offre une réflexion très intéressante sur l’écriture du journal intime. En référence à Thomas Merton, elle dit :

He had left the academic world of New York in order to seek God and some sort of personal overhaul. He was aiming at authenticity, transparency, honesty, directness, egolessness… and yet he learned how the very act of writing — which he couldn’t help, couldn’t give up completely — became a trap for the ego. He talks about it a lot. This was his huge struggle: the need to say what he saw and felt out of the depths of his contemplative experience, to communicate it to others, and to try to make a difference in a broken world, but how writing can become performance that addictively seeks something else entirely: admiration, praise, fame. 

https://www.cassandrapages.com/the_cassandra_pages/2020/06/hermit-diary-29-on-journals.html

Ça m’a fait penser à un texte de l’autrice Helen Garner que j’ai lu récemment dans The Guardian. Elle raconte l’expérience pénible de replonger dans ses vieux journaux intimes :

A few years ago I had a huge bonfire in my backyard and burned all my diaries up to the point where Yellow Notebook begins. I did this because when I went through the cartons of exercise books one day, looking for what I’d written around the time of the dramatic dismissal of the Whitlam government, I found to my astonishment that I hadn’t even mentioned it.
That day, crouching over the crates in the laundry, I was soon so bored with my younger self and her droning sentimental concerns that there was nothing for it – this shit had to go. 

https://www.theguardian.com/books/2019/oct/30/my-early-diaries-filled-me-with-so-much-shame-i-burned-them-im-publishing-the-rest

Elle a quand même fini par y trouver du matériel qui avait une certaine valeur de partage, mais le travail d’édition des écrits en question n’a pas été facile. Je n’ai pas (encore) lu le résultat publié, mais les réflexions qu’elle tire de ce travail sont d’une pertinence cinglante :

And of course I soon found myself, day after day, strapped into the straitjacket that is the very nature of a diary: it’s got a voice, it’s entirely composed of voice, but it has no voiceover. It exists in an eternal present.