Mémoire olfactive

Main sur un livre de recettes

Parfois, sans y penser, je porte la main à  mon visage et la force du souvenir me surprend comme une gifle. Cette odeur sur ma peau, c’est la tienne. Ça sent exactement comme tes mains.

Tu n’étais pas le genre de mère qui recherchait les câlins ou les rapprochements physiques. Mais parfois, quand tes mains ne s’affairaient pas à quelque tâche domestique – ce qui était rare – j’en profitais pour en saisir une et je la respirais profondément. Ça sentait l’oignon, la pâte à tarte, le citron. Ce que tu avais touché dans la journée. Peu importe. J’étais persuadée que si on me bandait les yeux et me faisait sentir des dizaines de mains, je saurais trouver la tienne.

Le contact ne durait jamais longtemps. Tu avais toujours besoin de tes mains pour faire quelque chose.

Dix-huit années sans toi. C’est long.

On dit que l’odorat est celui de nos sens qui a la meilleure mémoire. Les yeux fermés, saurais-je encore retrouver tes mains?

(Billet rédigé en écho à celui de Clément dans la série Dix minutes pas une de plus.)

Été 2014

Woman walking in Chicago
Marcher seule dans une ville qu’on ne connaît pas et se sentir plus en vie que jamais. Remarquer tout: la lumière qui fait son chemin entre deux édifices, la femme qui éclate de rire en parlant au téléphone, l’odeur de pizza qui émane d’une trappe d’aération, la manière dont l’ombre d’un arbre vient se confondre avec celle d’une oeuvre d’art urbaine.

Avancer sans jamais s’arrêter plus que quelques secondes, même quand la beauté d’un édifice nous coupe le souffle, même quand l’alignement des gratte-ciels crée un angle parfait. Parcourir des kilomètres et des kilomètres dans une ville inconnue, sans agenda et sans but précis, à part celui de se perdre.

Rêver d’ailleurs, un pied devant l’autre, nez en l’air et sourire aux lèvres.

Clément a raison: la lumière adore Chicago.