{"id":1608,"date":"2007-07-09T21:14:48","date_gmt":"2007-07-10T02:14:48","guid":{"rendered":"http:\/\/martinepage.com\/blog\/2007\/07\/09\/la-tristesse-tranquille\/"},"modified":"2007-10-04T23:14:01","modified_gmt":"2007-10-05T04:14:01","slug":"la-tristesse-tranquille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.martinepage.com\/blog\/2007\/07\/09\/la-tristesse-tranquille\/","title":{"rendered":"La tristesse tranquille"},"content":{"rendered":"<p>Quand j&rsquo;\u00c3\u00a9tais \u00c3\u00a9tudiante \u00c3\u00a0 l&rsquo;universit\u00c3\u00a9 Laval \u00c3\u00a0 Qu\u00c3\u00a9bec, ma soeur Maryse est all\u00c3\u00a9e vivre \u00c3\u00a0 Montr\u00c3\u00a9al pour un nouveau travail. Je lui rendais parfois visite pendant quelques jours, d\u00c3\u00a9couvrant avec elle la ville que j&rsquo;allais habiter bien des ann\u00c3\u00a9es plus tard. Lors d&rsquo;une de ces visites dans son petit appart \u00c3\u00a0 la limite du quartier Rosemont et du Plateau, j&rsquo;ai \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 intrigu\u00c3\u00a9e par le coloc de ma soeur, plut\u00c3\u00b4t mignon, intello et \u00c3\u00a9tudiant en litt\u00c3\u00a9rature. Je me rappelle peu de lui, mis \u00c3\u00a0 part le fait qu&rsquo;il \u00c3\u00a9tait r\u00c3\u00a9serv\u00c3\u00a9 et qu&rsquo;il finissait toujours les paquets de biscuits de Maryse, mais je me rappelle tr\u00c3\u00a8s bien du livre qu&rsquo;il avait laiss\u00c3\u00a9 tra\u00c3\u00aener sur une table \u00c3\u00a0 caf\u00c3\u00a9 dans le salon. C&rsquo;\u00c3\u00a9tait <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Les_Liaisons_dangereuses\">Les Liaisons dangereuses<\/a>, que j&rsquo;ai commenc\u00c3\u00a9 \u00c3\u00a0 lire pendant ma visite et que je me suis achet\u00c3\u00a9 plus tard, pour pouvoir le finir, compl\u00c3\u00a8tement captiv\u00c3\u00a9e que j&rsquo;\u00c3\u00a9tais par le r\u00c3\u00a9cit et ses personnages. Ce livre est devenu l&rsquo;un de mes pr\u00c3\u00a9f\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9s et m\u00c3\u00aame si je n&rsquo;ai jamais revu le colocataire en question, j&rsquo;ai toujours eu une pens\u00c3\u00a9e de gratitude envers lui au cours des ann\u00c3\u00a9es, quand mon chemin a crois\u00c3\u00a9 celui de cet ouvrage.<\/p>\n<p>Des ann\u00c3\u00a9es plus tard, j&rsquo;apprends que le coloc en question est devenu <a href=\"http:\/\/www.radio-canada.ca\/radio\/emissions\/document.asp?docnumero=17138&#038;numero=1658\">un \u00c3\u00a9crivain reconnu<\/a> au Qu\u00c3\u00a9bec. J&rsquo;apprends aussi qu&rsquo;il a fr\u00c3\u00b4l\u00c3\u00a9 la mort de pr\u00c3\u00a8s et qu&rsquo;il a tir\u00c3\u00a9 de cette exp\u00c3\u00a9rience <a href=\"http:\/\/www.ledevoir.com\/2006\/01\/28\/100648.html\">un livre superbe<\/a>, que j&rsquo;ai d\u00c3\u00bb savourer \u00c3\u00a0 petites doses pour \u00c3\u00a9viter d&rsquo;avoir la t\u00c3\u00aate qui tourne et pour accorder aux images le temps de faire leur chemin.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai retenu de ce r\u00c3\u00a9cit plusieurs passages, dont celui-ci, qui touchera ceux qui, comme moi, ont perdu un parent ou un proche.<\/p>\n<blockquote><p>Je remercie sans cesse l&rsquo;esp\u00c3\u00a8ce de hasard ordonn\u00c3\u00a9 qui me fait devenir chaque jour un peu plus \u00c3\u00a9crivain et me permet donc de recouvrir les choses de l&rsquo;exact manteau des mots. Aussi sans doute puis-je nommer aujourd&rsquo;hui avec davantage de pr\u00c3\u00a9cision la privation sans appel que repr\u00c3\u00a9sente la mort de mes parents. Il y a dans cette mise en terre de la chair qui nous inventa bien plus qu&rsquo;une ablation: il y a la n\u00c3\u00a9gation de notre propre commencement, autrement dit le rappel brutal de notre appartenance au n\u00c3\u00a9ant. En devenant orphelins, nous devenions donc fils et fille de la mort, et peut-\u00c3\u00aatre la tristesse tranquille qui parfois vient se m\u00c3\u00aaler \u00c3\u00a0 nos rires s&rsquo;abreuve-t-elle \u00c3\u00a0 cette eau trouble. Je ne songeais certainement pas \u00c3\u00a0 ces choses lorsque j&rsquo;ai jet\u00c3\u00a9 la premi\u00c3\u00a8re poign\u00c3\u00a9e de terre sur le corps de mes parents devenus poussi\u00c3\u00a8re. Le souvenir de leurs visages, le son de leurs voix, l&rsquo;assemblage fin de leurs gestes m&#8217;emplissaient alors tout entier. Tout cela vivait encore, et vit encore \u00c3\u00a0 pr\u00c3\u00a9sent d&rsquo;une certaine fa\u00c3\u00a7on, mais d&rsquo;une vie dont je suis en quelque sorte le r\u00c3\u00a9parateur. Car il me semble que le souvenir non seulement se repa\u00c3\u00aet des objets taill\u00c3\u00a9s autrefois par la main, le coeur et l&rsquo;esprit des aim\u00c3\u00a9s, mais en restaure m\u00c3\u00aame la substance et l&rsquo;\u00c3\u00a9clat perdus depuis leur disparition. Ainsi ce n&rsquo;est plus tant le visage de ma m\u00c3\u00a8re ou la voix de mon p\u00c3\u00a8re qui me reviennent en m\u00c3\u00a9moire, mais le sentiment que ce visage et cette voix ont laiss\u00c3\u00a9 en moi comme un rep\u00c3\u00a8re.<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand j&rsquo;\u00c3\u00a9tais \u00c3\u00a9tudiante \u00c3\u00a0 l&rsquo;universit\u00c3\u00a9 Laval \u00c3\u00a0 Qu\u00c3\u00a9bec, ma soeur Maryse est all\u00c3\u00a9e vivre \u00c3\u00a0 Montr\u00c3\u00a9al pour un nouveau travail. Je lui rendais parfois visite pendant quelques jours, d\u00c3\u00a9couvrant avec elle la ville que j&rsquo;allais habiter bien des ann\u00c3\u00a9es plus tard. 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